Chapitre 9 : LE PROCESSUS DE LA RÉVOLUTION NON ARMÉE
2.5. Révolution communiste contre le Parti communiste
Dans cet article, nous préconisons une révolution communiste directe menée par le peuple, sans passer par le Parti communiste. Toutefois, cet argument repose principalement sur le cas des pays où le Parti communiste n'est pas au pouvoir. Or, dans le monde post-soviétique, la plupart des pays n'ont pas de parti communiste au pouvoir ; cet argument reste donc valable pour la plupart d'entre eux.
Cependant, à l'heure où nous écrivons ces lignes, certains pays sont encore gouvernés par un parti communiste unique. Dès lors, si l'on suppose que le système contrôlé par le Parti communiste se maintient, quelle forme pourrait avoir cette « révolution communiste directe du peuple, et non du Parti communiste » dans ces pays ?
En résumé, il s'agit d'une « révolution communiste contre le Parti communiste ». Cette idée peut paraître paradoxale, mais en réalité, malgré son nom, le Parti communiste des pays qu'il contrôle actuellement, y compris la Chine, a abandonné le communisme et a largement intégré les principes de l'économie de marché, s'orientant de fait vers le capitalisme.
Autrement dit, il s'agit d'un « capitalisme dirigé par le Parti communiste ». Tant qu'il persistera dans cette voie tortueuse, on pourra dire que le Parti communiste établi s'est éloigné du communisme, et dans cette mesure, la « révolution communiste contre le Parti communiste » n'est plus un paradoxe.
2.6. Dissolution volontaire du Parti communiste ?
Cependant, tant que le Parti communiste demeure un Parti communiste, la possibilité de revenir à la voie communiste originelle et de construire une société communiste dirigée par le Parti communiste n'est pas exclue. Il s'agit ici de rappeler le processus de révolution communiste que Marx (et Engels) ont exposé dans le Manifeste du Parti communiste. Je le cite ci-dessous.
…Si le prolétariat se cristallise inévitablement en classe dans sa lutte contre la bourgeoisie, devient la classe dominante par la révolution, et si, par la force de cette classe dominante, il abolit les anciens rapports de production, alors ces rapports de production seront abolis. Avec l'abolition, le prolétariat abolit la condition d'antagonisme de classe, l'existence même des classes, et donc sa propre domination en tant que classe.
La « domination de classe » dont il est question ici ne doit pas être confondue avec la « domination du Parti communiste ». Toutefois, même en l'entendant ainsi, selon Marx, le Parti communiste est censé se dissoudre volontairement une fois qu'il aura aboli les anciens rapports de production, c'est-à-dire les rapports de production capitalistes.
Or, le Parti communiste établi n'a pas suivi cette voie. Au contraire, il s'est adapté aux anciens rapports de production (les rapports de production capitalistes) et se trouve aujourd'hui à l'avant-garde de la fusion avec le capitalisme. Dès lors, il n'y a aucun espoir de dissolution volontaire du Parti communiste.
2.7. Une révolution qui n'est pas anticommuniste
Il convient de noter ici qu'une « révolution communiste contre le Parti communiste » n'est pas la même chose qu'une « révolution anticommuniste ». Dans le processus qui a mené des soi-disant révolutions d'Europe de l'Est à la dissolution de l'Union soviétique à la fin du XXe siècle, des soulèvements populaires contre le système contrôlé par le Parti communiste, représenté par l'Union soviétique, ont eu lieu successivement dans les pays d'Europe de l'Est et de l'ex-Union soviétique, à des degrés et sous des formes variables, conduisant à l'effondrement du système.
Cette révolution, fondée sur la répression politique du Parti communiste de l'Union soviétique et sur l'échec du système collectiviste, a pris les caractéristiques d'une « révolution contre le Parti communiste ». Les pays d'Europe de l'Est et de l'ex-Union soviétique ont tous emprunté la voie de l'économie de marché et du capitalisme, qui perdure encore aujourd'hui. Finalement, les révolutions d'Europe de l'Est ont convergé vers des révolutions réactionnaires qui ont remis le cours de l'histoire sur les rails, et non vers des révolutions progressistes visant à créer une société véritablement communiste.
La « révolution communiste contre le Parti communiste » n'est pas une révolution réactionnaire, mais une révolution progressiste. Elle ne se contente donc pas d'attaquer et de démanteler le système communiste établi.
2.8. La Convention des communes comme véritable Soviet
La « révolution communiste contre le Parti communiste » utilise également une Convention des Communes comme base pour créer une situation de contre-pouvoir. Cependant, sa relation avec le Parti communiste au pouvoir n'est pas une simple hostilité, mais une relation de coexistence, voire d'immanence. Autrement dit, elle se développe de manière parasitaire au sein du Parti communiste.
En réalité, même au moment de la Révolution russe, le peuple formait des soviets (conseils) pour s'opposer au parlement établi de la Russie impériale. Mais à mesure que la révolution progressait, ces soviets populaires furent repris par les bolcheviks, puis par le Parti communiste, et remplacés comme organe de ratification du parti. Le terme « soviétique » dans le nom du pays, l’Union soviétique, n’était finalement qu’une façade.
Afin d’éviter que cette histoire amère ne se répète, les Conventions des Communes doivent se développer comme une force parasitaire sans être absorbées par le Parti communiste. Autrement dit, la Convention des Communes est le véritable Soviet.
L’analogie n’est pas parfaite, mais les Conventions des Communes se nourrissent du Parti communiste de l’intérieur, à l’instar d’un parasite qui se nourrit de son hôte. Le processus révolutionnaire idéal serait l’exact opposé de la Révolution russe : la Convention des Communes prendrait le contrôle du Parti communiste et le conduirait à sa dissolution.
Cependant, les autorités du Parti communiste, conscientes de cette perspective, pourraient tenter d’éliminer la Convention des Communes comme on extermine les parasites. Dans ce cas, elles n’auront d’autre choix que de l’externaliser en formant une Convention des Communes en exil à l’étranger.
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