Chapitre 8 : UN NOUVEAU MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE
1. Les acteurs principaux de la révolution sont les gens ordinaires.
1.4. Déconstruction de la « révolution prolétarienne »
Les marxistes, qui autrefois appelaient vigoureusement à la « révolution prolétarienne », semblent aujourd'hui abandonner cette « révolution prolétarienne » difficile et s'adapter au capitalisme dans une situation où la classe ouvrière a quasiment intégré le capitalisme à son propre fonctionnement. En fait, bon nombre des partis marxistes qui subsistent aujourd'hui dans le monde (les partis marxistes de divers pays qui ont survécu à la dissolution de l'Union soviétique) ont, explicitement ou implicitement, tenté de changer de cap au nom du « pragmatisme ».
Cependant, je voudrais ici éviter ce « pragmatisme » qui revient à s'abandonner soi-même et explorer autant que possible la voie vers le communisme. À cette fin, la « révolution prolétarienne » doit être déconstruite à l'aide d'une terminologie et d'une méthodologie différentes.
1.5. Le signe commun de l'« exploitation »
Il convient tout d'abord de confirmer le principe fondamental selon lequel le sujet central latent de la révolution communiste est la classe ouvrière. Or, comme mentionné précédemment, la classe ouvrière actuelle est profondément divisée. Cependant, certains signes permettent sa réunification. Il s'agit de l'« exploitation » abordée au chapitre 3.
À cet égard, la terminologie capitaliste tend à minimiser la portée de l'« exploitation » et à la limiter aux cas de travail extrêmement mal rémunéré. Mais, en réalité, des personnes sont contraintes au travail non rémunéré sous divers prétextes et sont ainsi « exploitées ».
Du point de vue de l'exploitation, il n'y a pas de différence essentielle entre la classe ouvrière en général et la classe ouvrière supérieure, entre la classe stable et la classe instable au sein de la classe ouvrière en général, et même entre les travailleurs du secteur privé et ceux de la fonction publique. La différence réside dans la manière dont l'exploitation se manifeste. Autrement dit, il ne s'agit que de distinguer l'exploitation à bas salaire qui conduit à la pauvreté, de l'exploitation à salaire élevé qui permet de survivre mais qui engendre l'épuisement et la mort par surmenage.
De plus, la différence entre les classes stables et instables deviendra relative du fait de l'assouplissement des règles de licenciement et de la compression des salaires des salariés permanents – une situation déjà observée dans les PME aux structures de gestion fragiles.
Par ailleurs, il est très difficile d'apaiser le conflit générationnel entre actifs et retraités. Cependant, il semble possible d'y remédier partiellement grâce au concept d'« exploitation différée ».
Autrement dit, le montant des pensions de retraite est calculé sur la base du salaire perçu au moment de l'emploi actuel, auquel s'ajoutent les cotisations versées. Ainsi, si les retraités sont sous-payés durant leur activité professionnelle, leurs futures pensions resteront faibles. De cette manière, la pension de vieillesse n'est rien d'autre qu'une forme d'« exploitation différée » qui se prolonge jusqu'à un âge avancé. Ce constat sera encore plus flagrant si un système de retraite par capitalisation, basé sur la responsabilité individuelle et les revenus, est mis en place, assurant une parfaite adéquation entre les prestations et les cotisations.
Par conséquent, l'image de retraités vivant insouciants de leur pension, financée par les cotisations versées régulièrement par les actifs, est erronée. En réalité, les pensions seules ne suffisent pas, et de nombreuses personnes âgées se retrouvent en difficulté financière. Cela pourrait être votre cas ou le mien un jour.
J'aimerais appeler « exploitediat (exploités) » les personnes qui partagent le même indicateur d'exploitation, même si la forme de cette exploitation varie.
1.6. La perspective de l'« environnement global »
Nous vivons à une époque où la catégorisation des individus comme « classe ouvrière » est devenue obsolète. Il convient donc d'intégrer la perspective de l'« environnement global » à la notion d'« exploitation ».
Naturellement, si le fondement de la survie, l'environnement global, est détruit, la survie elle-même devient impossible. Garantir la durabilité de l'environnement global est donc un défi commun à tous.
Or, le capitalisme repose lui aussi sur l'« exploitation » de l'environnement global. Cette exploitation est d'une nature différente de l'exploitation du travail ; il s'agit d'une exploitation littérale qui nous prive de nos ressources environnementales. Il en résulte une crise de survie.
Appelons « écologiat » les personnes dont le cadre de vie est menacé par la dégradation de l'environnement global – qui, pour la plupart, appartiennent à la classe ouvrière, à la petite et moyenne paysannerie.
Si l’on élargit l’indicateur commun d’« exploitation » pour y inclure l’exploitation de l’environnement mondial, cet indicateur peut s’affranchir des frontières traditionnelles de classe et, en y ajoutant « écologiat », il peut devenir un indicateur commun permettant une solidarité interclasse qui inclut des personnes autres que la classe ouvrière.
1.7. Possibilité de la « révolution plébéienne »
C'est pourquoi je voudrais présenter le nouveau terme « plèbe », ou « les communs (le peuple) », qui englobe le exploitediat et l'écologiat, unis sous l'étiquette commune élargie d'« exploitation », ainsi que les classes moyennes qui se trouvent dans une situation similaire. Les communs sont les acteurs de la nouvelle révolution communiste.
Soit dit en passant, un synonyme de « les communs » est « les masses », qui est peut-être plus populaire. Mais ici, nous faisons une distinction claire entre les commons et les masses. Les masses sont politiquement inconscientes, flottantes, et donc opportunistes et en même temps facilement provoquées en une foule d'individus désunis qui, dans le pire des cas, sont attirés par le fascisme.
En revanche, les communs auxquels nous faisons référence ici sont un regroupement d'individus associés et unis en tant que classe révolutionnaire politiquement éveillée. Les travailleurs salariés en sont le noyau, mais il y a aussi les agriculteurs pauvres, les petits agriculteurs, les intellectuels marginalisés, les petits capitalistes et d'autres qui souffrent des lois du capitalisme et qui tentent de trouver une issue pour la réalisation d'une société communiste. Les communs englobent l'ensemble de ce qui précède.
En revanche, le peuple dont il est question ici est un regroupement d’individus associés et unis en une classe révolutionnaire politiquement éveillée. Les salariés sont au cœur de ce mouvement, mais il comprend également les paysans pauvres, les petits exploitants agricoles, les intellectuels marginalisés, les petits capitalistes et tous ceux qui souffrent des lois du capitalisme et qui cherchent à s'en affranchir pour parvenir à une société communiste. Les communs englobent l'ensemble de ces personnes.
Et dans chaque pays, ces communs constituent la majorité de la population. Par conséquent, la révolution communiste est menée au nom de la véritable majorité du peuple, y compris les minorités. En résumé, on peut la résumer par le concept de « révolution plébéienne, par les communs, pour les communs ».
👉La table des matières jusqu'à présent est ici.