Chapitre 10 : Vers le Commonwealth mondial
3.1. L'expérience humano-historique des Nations Unies
J'ai mentionné précédemment que le Commonwealth mondial présente certaines similitudes avec l'Organisation des Nations Unies (ONU), mais en réalité, on peut le qualifier de modèle communiste de démantèlement et de reconstruction de l'ONU, sans pour autant la nier purement et simplement.
Cependant, l'ONU ne pourra jamais échapper à l'essence d'un ordre international formé sous l'égide des puissances alliées victorieuses de la Seconde Guerre mondiale et centré sur elles. De plus, la division entre l'Est et l'Ouest au sein des cinq grandes puissances de l'ONU, durant et après la Guerre froide, a entravé son fonctionnement.
Malgré ces imperfections, le système des Nations Unies constitue une expérience unique dans l'histoire de l'humanité et mérite d'être davantage valorisé. En effet, aucun précédent historique ne permet à une fédération comme l'ONU, qui couvre la quasi-totalité du globe, d'avoir perduré pendant plus d'un demi-siècle. Même au plus fort de la Guerre froide, qui a divisé le monde en deux, l'ONU a résisté aux épreuves sans s'effondrer complètement.
Le Commonwealth mondial s'appuie sur la précieuse expérience humaine et historique de l'ONU. Cependant, en raison de ses limites intrinsèques, l'ONU est vouée à l'impasse. Le Commonwealth mondial verra le jour grâce à un démantèlement et une réorganisation de l'ONU. J'aimerais examiner ci-dessous la structure du Commonwealth mondial en la comparant à celle de l'ONU actuelle.
3.2. Une communauté d'humanité
Premièrement, nous devons renforcer nos liens en tant que communauté d'humanité, et non pas seulement en tant que fédération de nations.
Afin de garantir l'unité terminologique de cette communauté, l'espéranto sera désigné langue officielle temporaire, et Monda Komunumo sera le nom officiel du Commonwealth mondial en espéranto.
De plus, le calendrier grégorien, qui a traditionnellement fait office de calendrier commun à travers le monde, sera remplacé par un nouveau système calendaire (calendrier du Commonwealth mondial), l'année d'entrée en vigueur de la Charte du Commonwealth mondial étant considérée comme la première année. Cependant, chaque entité constitutive du Commonwealth mondial est libre d'adopter son propre système calendaire, y compris le calendrier grégorien.
3.3. Les cinq grandes zones
Deuxièmement, le système de gestion centré sur les cinq grandes puissances (États-Unis, Royaume-Uni, France, Russie et Chine) doit être aboli.
En remplacement de la domination des cinq grandes puissances, le Commonwealth mondial aura pour organe exécutif permanent la Conférence des représentants des cinq grandes zones. Ici, les cinq grandes zones désignent les cinq régions interconnectées suivantes de la planète :
○ Zone pan-africaine et de l'Atlantique Sud
: Englobe le continent africain et les îles atlantiques environnantes.
○ Zone pan-européenne et sibérienne
: Englobe l'ensemble de l'Europe et le territoire de l'actuelle Fédération de Russie, à l'exclusion de la Sibérie extrême-orientale.
○ Zone pan-ouest-asiatique et de l'océan Indien
: Englobe les régions de l'Asie occidentale, de l'Asie centrale et de l'Asie du Sud.
○ Zone pan-est-asiatique et océanienne
: Englobe les régions de l'Asie du Sud-Est, de l'Asie de l'Est et de l'Océanie.
○ Zone pan-américaine et caraïbe
: Englobe les régions de l'Amérique du Nord, de l'Amérique centrale et du Sud, ainsi que des Caraïbes.
Une Convention des Communes de grande zone sera établie dans chacune des cinq grandes zones susmentionnées ; elle servira de forum pour définir les politiques politiques et économiques régionales au sein de la grande zone et pour favoriser la coopération intrarégionale.
Les délégués à la Convention des Communes de grande zone sont issus des zones locales ou des quasi-zones situées au sein des zones composant la grande zone. La Convention des Communes de chaque région provincial ou quasi-zone élira, parmi ses propres délégués, une personne pour siéger à la Convention des Communes de grande zone.
Bien qu'il puisse sembler complexe d'élire des délégués à la Convention des Communes de grande zone non pas par zone, mais par région provinciale ou quasi-zone, il s'agit d'un dispositif conçu pour empêcher les cinq grandes zones de se transformer en blocs politico-économiques mutuellement concurrents — formés par des alliances de zones inclusives — tout en approfondissant simultanément les liens de coopération au sein de chaque grande zone, à un niveau plus local.
Contrairement aux Conventions des communes au sein des zones, la Convention des communes de grande zone fonctionne selon un système de sessions ; un président est donc élu pour chaque session. Par ailleurs, un représentant permanent plénipotentiaire, chargé de représenter la grande zone à l'extérieur, est également élu. Ce poste ne correspond pas à celui d'un chef d'État ; son titulaire agit uniquement en tant que représentant de chaque grande zone pour les relations extérieures. Toutefois, contrairement à la fonction d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, il s'agit d'un poste permanent pourvu par élection, pour un mandat d'environ quatre ans.
Ces cinq représentants permanents plénipotentiaires des grandes zones forment la Conférence des représentants des cinq grandes zones, instance au sein de laquelle sont débattues toutes les politiques mondiales importantes. En conséquence, le système d'oligarchie internationale — dans lequel les décisions sont prises par un petit nombre de dirigeants de grandes puissances en court-circuitant l'ONU, à l'instar des sommets actuels réunissant ces mêmes dirigeants — sera aboli.
3.4. Une gestion axée sur l'hémisphère Sud
Troisièmement, la gestion économique et politique, jusqu'ici centrée sur l'hémisphère Nord, peut être repensée.
Actuellement, le siège et les principaux organes de l'ONU — dont le Conseil de sécurité — sont situés à New York, tandis que le Conseil des droits de l'homme siège à Genève ; l'ensemble de ces fonctions centrales est donc concentré dans l'hémisphère Nord, principalement aux États-Unis et en Europe. À l'inverse, le Commonwealth mondial privilégiera l'hémisphère Sud, une zone historiquement reléguée à une position subordonnée par rapport à l'hémisphère Nord.
Concrètement, le siège du Commonwealth mondial ainsi que ses fonctions centrales — notamment le Conseil de la paix, chargé du rétablissement de la paix — seront établis dans une ville de la zone « panafricaine et de l'Atlantique Sud ». Le choix de l'Afrique se justifie par le fait que ce continent incarne depuis longtemps la problématique Nord-Sud ; bien qu'il soit également sujet aux conflits, l'absence totale d'armes nucléaires sur son territoire en fait un lieu tout indiqué pour accueillir le centre du Commonwealth mondial.
Par ailleurs, les fonctions liées aux droits de l'homme seront implantées dans une ville de la zone « panaméricaine et caraïbe », plus précisément en Amérique du Sud. Ce choix vise à contrer le préjugé selon lequel les droits de l'homme seraient des « valeurs centrées sur l'Occident », un argument souvent invoqué pour justifier des violations de ces droits en Asie et en Afrique. En effet, outre la singularité de l'Amérique du Sud — région imprégnée à la fois de cultures occidentales et non occidentales —, son expérience historique, marquée par le dépassement volontaire de dictatures militaires violentes, en fait une base idéale pour la promotion des droits de l'homme.
3.5. Discussion sur les langues officielles mondiales
Quatrièmement, il convient de modifier la situation linguistique internationale — qui, dans les faits, favorise l'anglais — et d'engager une réflexion sur l'adoption d'une langue officielle mondiale unique et neutre.
Actuellement, l'ONU applique une politique de plurilinguisme officiel, reconnaissant six langues comme langues officielles : l'anglais, le français, le russe et le chinois (langues des cinq grandes puissances), ainsi que l'espagnol et l'arabe (langues largement parlées). Toutefois, il est manifeste que l'anglais jouit *de facto* du statut de langue officielle de référence.
Par ailleurs, le Commonwealth mondial n'exclut pas l'usage de l'anglais, langue très répandue ; néanmoins, pour garantir l'unité linguistique de la communauté humaine mondiale, il est nécessaire d'établir une langue officielle unique et plus neutre à l'échelle de la planète. L'espéranto — qui jouit de la plus large diffusion parmi les langues construites conçues comme langues universelles — sera désigné comme langue officielle mondiale unique et provisoire, afin de permettre aux différents groupes ethniques de communiquer sur un pied d'égalité. (*)
*Si je qualifie cette proposition de provisoire, il reste matière à débat quant à savoir si l'espéranto, qui s'est développé en Europe, peut véritablement être considéré comme neutre non seulement politiquement mais aussi linguistiquement.. Le Commonwealth mondial devra donc délibérer pour décider s'il convient de confirmer l'espéranto comme langue officielle mondiale ou de créer une nouvelle langue construite linguistiquement neutre. Il s'agit là d'une question complexe, difficile à trancher ; toutefois, dans le cadre du système actuel de l'ONU, fortement biaisé en faveur de l'anglais, toute discussion sur les langues officielles mondiales est immédiatement écartée, considérée comme un sujet tabou ou une pure utopie.
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